Nous re-voilà avec notre chronique Héros de Pub !
Cette semaine nous allons aborder le logo Banania :

C’est parce que les tirailleurs sénégalais s’illustraient au front par leur résistance, leur courage, leur bravoure que Banania a choisi dès 1915 juste un an après la naissance de la marque, ce personnage aussi souriant qu’emblématique pour symboliser la force énergétique et revigorante de sa poudre chocolatée.
Force tranquille, pose décontractée, visage rieur, dents éclatantes de blancheur, chéchia rouge flamboyant et pompon bleu (couleurs patriotes), le célèbre tirailleur sénégalais qui déguste son Banania rayonne de vitalité. En temps de guerre il incarne la force et le moral des troupes – un moral en hausse quand Banania livre aux poilus quatorze wagons de ce produit nouveau et particulièrement nutritif (sa publicité le ventera comme "le plus nourrissant des aliments français").
Dans l’après guerre en période de restriction, il prouve les bienfaits de cette alimentation riche qui remet sur pied, qui va redonner son souffle à la France (après avoir contribué à sa victoire, à en croire la réclame de l’époque). D’autant que le tirailleur mascotte resplendit de santé sur ce fond jaune, couleur du soleil… et de la banane présente dans la poudre et qui a donné son nom au mélange. Santé qui passe par la gourmandise (d’où ce "y’a bon" taxé plus tard de racisme), ce qui n’est pas négligeable.
L’histoire de ce sympathique personnage est indéniablement liée à la Grande Guerre qui l’a vu et fait naître. C’est pourquoi au fur et à mesure que l’on s’éloignera de ce temps que l’image du soldat sera de plus en plus épurée, puis effacée. Si le héros initial demeure inscrit dans l’imaginaire collectif, il va en effet être dématérialisé avant de se retrouver éliminer. En 1936, le buste est gommé, ne restant plus que le visage et une main tenant une cuillère. Si le tirailleur n’est déjà plus là, le Sénégalais nous sourit toujours et pour l’instant la représentation et encore réaliste. Mais avec les année 1960, le dessin se fait plus stylisé, comme pour prendre plus de distance encore. Les références explicitement militaires et ethniques sont définitivement écartées (la décolonisation est passée par là). Le trait se veut plus évocateur, le ton plus pédagogique, incitatif même : la main droite qui lève un doigt, la gauche une tasse fumante, convient les enfants à un bon petit déjeuner. Puis les mains, elles aussi vont passer à la trappe. Prélude à la disparition du visage lui-même en 1984 : seul la chéchia survit encore..
Les année 90, nostalgiques des publicités et des packaging des sixties, vont redonner vie aux Sénégalais (et encore ! seulement sur les paquets de Banania "à cuire"). Mais, en fait, même s’il est réduit à sa plus simple expression, qui ne le reconnaitrait pas ? Et n’est ce pas là la consécrationsuprême pour un personnage publicitaire que de pouvoir passer de poupin à simple pompon… sans perdre le moins du monde son identité ?
Source : Héros de Pub édition Chronique
Benjamin Le Coz pour We Com’In
WordPress:
J’aime chargement…